Au foyer de Vie et de Progrès Odette-Versey, à Auxonne, la mobilisation bat son plein pour défendre les salariés qui seraient « injustement » exclus d’une prime dite Laforcade. À l’instar d’autres établissements de la région dijonnaise, ils ont débrayé la semaine dernière afin d’interpeller les pouvoirs publics.

Mercredi 21 septembre, une trentaine de salariés ont débrayé devant le foyer de Vie et de Progrès Odette-Versey, à Auxonne, pour réclamer le versement de la prime Laforcade à tout le personnel.  Photo Carole PERDRISET

« Les invisibles. » Au foyer de Vie et de Progrès Odette-Versey, à Auxonne, c’est comme ça que l’on appelle les salariés qui n’ont pas la chance de percevoir la prime de revalorisation salariale Laforcade, soit 183 € nets par mois. Un qualificatif que l’on retrouve sur les banderoles et pancartes accrochées devant l’établissement médico-social, route de Chevigny, depuis le débrayage d’une grande partie des quelque 80 salariés, mercredi dernier, durant deux heures, comme ils l’avaient déjà fait au mois de février. L’objectif ? « Interpeller les pouvoirs publics face à la colère et le sentiment d’abandon qui règnent depuis la mise en place de la prime Laforcade. »

Une prime élargie, mais pas suffisamment selon eux

Celle-ci, décidée dans le cadre du Ségur de la santé, était d’abord réservée aux soignants, puis a été élargie au mois d’avril aux professionnels de la filière socio-éducative. Mais pas tous. Et c’est bien cela qui crée un malaise au sein de nombreux établissements, comme celui d’Auxonne, mais aussi celui d’Is-sur-Tille ou de Fontaine-Française (lire par ailleurs), tous administrés par l’Association de gestion (Ages) Adapei. « Les filières administratives (secrétaire, cadre administratif), logistiques (agent technique, lingère, etc.) et les “faisant fonction” sont toujours et encore exclus de cette prime, alors qu’ils sont essentiels au bon fonctionnement des établissements et présents depuis le début de la crise sanitaire », regrettent les salariés du foyer auxonnais. Celui-ci accueille 62 résidents à l’année, qui, en raison de difficultés intellectuelles ou de troubles du comportement et de la personnalité, ne peuvent disposer d’une autonomie suffisante.

« Nous œuvrons tous au quotidien dans un même but »

« On accompagne tous à notre façon les résidents : qu’on soit personnel soignant, éducatif, social, administratif, des services généraux ou personnel de direction, nous œuvrons tous au quotidien dans un même but. […] Pourquoi n’étions-nous pas invisibles lorsque nous étions obligés de nous faire vacciner pour continuer à travailler ? », s’interroge Carole Perdriset, déléguée syndicale FO du foyer Odette-Versey. « Je suis exclue de la prime, mais en contact tous les jours avec les résidents ainsi que les familles. Je m’occupe également de leur dossier, de leur planning de sortie, de divers échanges téléphoniques avec les parents et tuteurs », réagit aussi Fiona Jacquet, assistante de direction. « Sans secrétaire, […] diverses tâches administratives ne seraient pas faites. Que faut-il faire pour que notre métier soit reconnu ? »

La crainte d’une démotivation

Les salariés craignent que ce qu’ils décrivent comme une « injustice et une inégalité » ait des conséquences sur la motivation des équipes. « Notre investissement et attachement à ce secteur commencent à s’essouffler. Beaucoup d’entre nous songent à quitter un secteur discriminant alors que nous devons soigner, accompagner et œuvrer pour les plus fragiles », poursuit la déléguée syndicale, évoquant aussi des « collègues épuisés » ou « en arrêt maladie ».

 

 

« Notre rôle est aussi important »

David Mathieu , agent technique au foyer d’Auxonne

« Les agents techniques n’ont pas la prime parce que les décideurs estiment que nous ne travaillons pas avec les résidents. Mais nous sommes sollicités pour réparer leurs mobiliers, régler leur télévision, déboucher leurs lavabos ou toilettes ou encore monter leurs achats. Certes, nous ne passons pas autant d’heures avec eux que le personnel éducatif, mais notre rôle est aussi important aux yeux des résidents. »

 

 

« Tous confrontés aux mêmes problèmes »

Frédérique Bienvenu , aide médico-psychologique au foyer Odette-Versey

« Cela crée des inégalités entre salariés, alors qu’on fait le même travail et qu’on est tous confrontés aux mêmes problèmes, c’est injuste. On peut avoir des collègues qui ne touchent pas la prime simplement parce qu’ils ne sont pas diplômés, alors qu’ils font les mêmes tâches. Si tout le monde avait la prime, cela amènerait une stabilité au sein des effectifs et éviterait que certains changent de métier. »

La direction fait « aussi partie des oubliés »

La direction du foyer de Vie et de Progrès Odette-Versey, ainsi que celle de l’Association de gestion (Ages) Adapei, dont fait partie l’établissement auxonnais, soutiennent la mobilisation de leurs équipes. D’autant plus qu’ils sont les premiers concernés.

« On fait aussi partie des oubliés, alors que les cadres intermédiaires, eux, ont droit à la prime », s’étonne Véronique Lambert, à la tête depuis trois ans du foyer Odette-Versey, dont elle a connu l’ouverture en 1994. « Au final, ils vont arriver au même niveau de salaire que le nôtre, alors qu’il y a des différences de responsabilités. Cela pose des questions au niveau de la reconnaissance de nos diplômes. […] On est des directeurs de terrain, on fait des astreintes, on intervient auprès des usagers. […] C’est incompréhensible qu’il y ait des oubliés, comme si certains salariés n’étaient pas utiles. Cela peut créer des tensions et de la jalousie qui n’ont pas lieu d’être dans nos établissements. »

« On est tous concernés, et on espère que ces revendications remontent au niveau national », indique Didier Polette, directeur général de l’Ages Adapei. Dans ce but, ce dernier participera, mercredi 28 septembre, à une réunion sur le sujet, qui rassemblera la fédération des acteurs de la solidarité de Bourgogne-Franche-Comté, ainsi que les services de l’État, de l’Agence régionale de santé, du conseil départemental et des députés.

 

 

D’autres établissements suivent le mouvement en région dijonnaise

Les salariés du foyer de Vie et de Progrès Odette-Versey, à Auxonne, ne sont pas les seuls à se mobiliser en région dijonnaise parmi les huit établissements de l’Ages (Association de gestion) Adapei.

C’était le cas, par exemple, à Fontaine-Française, mais aussi au foyer d’accueil médicalisé (FAM) Les Eaux-Vives, à Is-sur-Tille, lundi 26 septembre, où les pancartes et banderoles étaient de sortie pour protester contre le versement jugé « inégalitaire » de la prime Laforcade.

Par Fabrice SIRLIN – 26 sept. 2022 à 20:01 | mis à jour le 26 sept. 2022 à 20:08 – Temps de lecture : 5 min